La musique l'a emporté. L'a emporté sur la fatalité; ceux qui ont lu les premiers messages que j'ai publiés sur ce blog, messages qui n'y sont plus cependant, ont vu que je me préoccupe du malheur survenu à des amies chères. De véritables malheurs; des enfants décédés de façon violente, des choses qu'une personne sensée a bien du mal à comprendre.
En 2009 j'estime avoir aidé une fille, mère de jeunes enfants, avoir empêché que le malheur n'arrive à nouveau. Je n'ai pas de preuve de cela, je dois escompter qu'on me croie sur parole quand j'en parle. J'en ai déjà parlé à une personne en disant: nous ça ne nous arrivera jamais. Pourtant comment puis-je, moi, affirmer que ça ne m'arrivera jamais quand c'est arrivé à des personnes proches?
C'est pourquoi je dis: la musique m'a sauvée. La gaieté a été présente dans ma vie depuis mon plus jeune âge. A deux ans je devais jouer sur le piano de ma grand-mère, guidée par des plus âgés. Je chantais, j'ai chanté la messe de minuit à Noël de nombreuses années avec ma famille; ma tante Gertrude jouait de l'harmonium et ma mère, mes tantes, mes oncles, mon cousin, mes cousines, ma soeur et moi entonnions les cantiques: Adeste Fideles, Minuit chrétien... Minuit chrétien chanté par mon oncle Jean-Paul, qui était doté d'une superbe voix de basse à la Yoland Guérard, c'était quelque chose: nous étions privilégiés dans cette petite église de Saint-Tharcisius, dans la vallée de la Matapédia.*
A treize ou quatorze ans j'ai chanté ma dernière messe de minuit, puisque ma tante a laissé sa place d'harmoniciste à quelqu'un d'autre. Mais il en fallait plus pour m'arrêter de chanter. La musique en particulier pour ceux qui chantent ça devient facilement un mode de vie. Ma soeur Claire, d'un an ma cadette, celle-là même qui avait aussi chanté aux messes de minuit (mon autre soeur, plus jeune, a dû en chanter quelques-unes également)**, et moi faisions la vaisselle en chantant***; des chants de l'OTJ et des chants 4-H, ainsi que des chansons populaires.
Je n'aimais pas faire la vaisselle, mais ça devenait quand même ainsi un bon moment. Ça passait mieux, disons. Ma soeur Esther à neuf ans a vu une amie de son âge se faire faucher par une automobile sous ses yeux. Un peu plus tard elle a connu Marie-Hélène, qui avait été notre petite voisine quand elles deux étaient toutes petites, trop petites pour s'être connues à ce moment-là, et elle a voulu devenir son amie.
La musique l'a emporté, et la vie continue, pour ma petite soeur Esther et moi, pour ma petite soeur si gentille, ainsi que pour moi.**** Quant aux amies éprouvées je vais en reparler dans de prochains messages, sur un des trois blogs... J'ignorais, à cette époque, que c'est si rare les belles voix de basse.
*C'est presque une insulte pour mon oncle de comparer sa voix à celle de Yoland Guérard; en fait il avait une voix qui se rapprochait, mais avec quelque chose de plus, il avait davantage de stature. Mon oncle a été de nombreuses années maire de son village.
**Je me suis trompée en écrivant cela; si j'avais treize ans la dernière année la petite Esther en avait quatre; elle n'a pas chanté à l'église avec nous.
***Plus exactement ma soeur faisait la vaisselle en chantant; je chantais en faisant la vaisselle.
****Elle n'a jamais entendu son oncle chanter le Minuit chrétien mais elle n'a pas entendu non plus la voix discordante de ma tante Gertrude qui s'entêtait à chanter avec les autres; ça faisait un étrange duo, son frère et elle. Emile Nelligan avait aussi une soeur prénommée Gertrude, j'en ai déjà parlé sur mon ex-blog. Ce sont des femmes bien, les Gertrude, malgré leur prénom qui sonne comme une antiquité.
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Il y a 14 ans

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