A moi qui n'ai jamais eu beaucoup d'amis il peut m'arriver de me demander ce que ça prend pour devenir amie avec quelqu'un. Est-ce que c'est de faire des courbettes, est-ce que c'est de choisir d'abord la bonne personne? A l'école on me plaçait auprès de filles ou de garçons dont le père faisait le même métier que le mien; en première année il y avait une fille dont le père était dans la construction comme le mien; mais je n'ai pas été placée à côté d'elle*. Peut-être parce que j'ai changé de classe au mois de février, pour m'en aller en deuxième année. Elle avait commencé sa première année à cinq ans. Je me souviens de cela. Mon père travaillait pour son père.
Je vis à Québec depuis trente-deux ans et demi. Quand il y a des personnes qui m'attirent, ça n'est pas tout le temps facile pour moi de voir avec lesquelles j'aurais le plus d'affinités. Mais il y a des exceptions, des personnes avec qui ça a été évident tout de suite; dont Joël, l'Acadien provenant de Tracadie-Sheila. Et je suis en train de me rendre compte, à cinquante-cinq ans, pas trop tard j'espère, que j'aurai plus de facilité à réussir une amitié avec des personnes provenant de la pointe est, comme moi; par exemple cette femme qui est venue à Québec à partir des Iles-de-la-Madeleine. Je suis moi-même originaire de la vallée de la Matapédia, à l'entrée de la Gaspésie.
Dans le cas de Joël que je connais depuis quinze ans ça a été une relation ambigüe, parce qu'il y a eu entre lui et moi l'aspect amitié et l'aspect amour. Et même au début il était trop jeune pour comprendre qu'une histoire d'amour qui tourne mal ça pourrait gâcher une amitié, et que je voulais éviter cela; c'est à son cousin, un peu plus vieux, que j'avais fourni les explication par rapport à mon attitude incompréhensible. Cette année j'ai eu l'occasion d'aider Joël, qui n'avait pas de carrière véritable (à part celle de globe-trotter: quand il est arrivé à Québec à vingt-trois ans il arrivait d'un périple de sept ans à travers le Canada) car je lui ai parlé de quelque chose de vraiment intéressant.
Sa vie est en train de changer, je ne lui ai pas trouvé une solution de facilité, mais c'est une solution d'avenir, et je sais qu'il est à la hauteur du défi. Je vis à Québec qui est la capitale de la province. Joël provient de la province du Nouveau-Brunswick: ça n'est pas vraiment loin de l'endroit d'où je viens. Proche de Gaspé.
*Le jour où j'ai changé de classe, la maîtresse m'a dit: place-toi là: c'étaient des bancs à deux places, et il y avait une place de libre à côté d'une fille. Une dont le père faisait le même métier que le mien, dans ce cas aussi mon père travaillait pour lui parfois. Elle était petite, juste derrière moi, dans le rang; il y avait en 2e une fille plus petite que moi. Celle à côté de qui j'étais assise si moi je suis restée petite, de même que celle qui était devant moi dans le rang, est grande aujourd'hui. Je l'ai vue dans un restaurant de Québec où elle travaillait comme serveuse.
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Il y a 14 ans

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